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17-01-2018
 
 
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Récit de Chantal Véron qui a supervisé personnellement la construction de l'école de Bajgah



Personnellement, je suis restée de juin à novembre 2006 dans une petite vallée de l’Hindou-Kouch, la vallée de Bajgah (province de Baghlan), pour être fidèle à une promesse que j’avais faite en 1996 aux moudjahidins de cette vallée qui combattaient à l’époque aux côtés du célèbre commandant Massoud, promesse de les aider à reconstruire leur école, détruite pendant la guerre contre les Soviétiques en 1983.

Cliquez sur la première photo pour visionner le diaporama :



La parenthèse talibane m’avait empêchée de réaliser ce projet, mais je n’avais pas oublié. Dès 2002, j’étais retournée là-bas pour apporter tableaux noirs et fournitures scolaires aux écoliers installés alors sous des tentes fournies par l’UNICEF, tentes qui finiront peu à peu arrachées par le vent ; quand j’y suis retournée au printemps 2006, la plupart des écoliers étaient dehors exposés au vent froid puis au soleil brûlant, assis sur des pierres, serrés les uns contre les autres autour de leur professeur et du tableau noir.

J’ai constaté avec amertume qu’aucune aide, ni gouvernementale, ni internationale n’arrive dans cette vallée, où les gens vivent encore comme autrefois, sans électricité, ni clinique, ni médecin…Ils ont pourtant lutté sans jamais se rendre, contre les Soviétiques, puis les Talibans. Les femmes racontent le calvaire qu’elles ont subi pendant ces 25 ans de guerre, cachées dans les montagnes pour échapper aux bombardements…

Et ce n’est jamais fini : en mars 2005 un avion (américain ?) a lancé une bombe sur un hameau situé à ¼ d’heure de piste plus haut dans la vallée ; bilan :26 morts dont 16 fillettes et garçonnets, 6 femmes et 4 hommes, et 35 blessés. L’affaire a été étouffée en haut lieu (“dégâts collatéraux” ?) Et en novembre 2006, une petite fille de 5 ans a été gravement blessée par une mine anti-personnelle, dernier souvenir des Soviétiques ; il a fallu la transporter sur une planche servant de brancard, portée par 2 hommes, jusqu’à un village où le lendemain une voiture a pu l’emmener à la clinique de la sous-préfecture.

Les habitants sont de tous petits agriculteurs, avec des champs grands comme des mouchoirs de poche où ils cultivent blé, maïs et pommes de terre ; ils élèvent quelques poulets, dindons, chèvres et moutons, très peu de vaches. Ils se déplacent à dos d’âne.
La plupart des jeunes sont des travailleurs immigrés en Iran d’où ils envoient de l’argent à leur famille restée au pays.

En apprenant que leur école allait être reconstruite, les gens ont fait preuve d’un grand enthousiasme et nous ont aidés le plus qu’ils pouvaient ; ils ont commencé par construire à leurs frais un pont sur le torrent pour que les camions puissent arriver jusqu’au lieu de la construction, un terrain qu’ils ont donné au Ministère de l’Education, malgré la rareté des terrains disponibles.
Eux-mêmes ont voulu organiser la cérémonie de pose de la première pierre en présence du gouverneur de la province, et celle de l’inauguration à la fin des travaux : ils ont tué une chèvre et se sont cotisés pour acheter du riz, et les femmes du village ont préparé le repas.
Pendant le mois du Ramadan, les femmes nous ont cuisiné des gâteries qu’elles nous faisaient parvenir tous les soirs.
A la fin, tous les habitants, même les gens âgés, ont bénévolement aplani la cour de l’école et l’ont débarrassée des grosses pierres qui l’encombraient.

De notre côté, nous avons embauché la main d’œuvre sur place, ce qui leur procurait une aide financière appréciable ; nous leur avons aussi acheté la nourriture nécessaire aux travailleurs.
Les élèves de l’école venaient après leurs cours avec leurs ânes et apportaient les pierres arrachées à la montagne pour la construction, ainsi que le sable nécessaire au ciment depuis les rives du torrent ; ils étaient tout contents de gagner quelque chose pour aider leur famille

Différents syndicats enseignants français, dont la FSU et Solidarité Laïque, et les adhérents et donateurs de notre association avaient fini par réunir la somme nécessaire à la construction.
Le Ministère de l’Education Nationale afghan nous a fourni un plan type de 10 salles que nous avons transformé en 14 salles, dont 2 en demi-sous-sol, le terrain s’y prêtant ; un Ingénieur afghan du Ministère a suivi la construction, et nous a fait un excellent rapport final.

Tout le village participant à la construction, les travaux ont été rondement menés ; il n’a fallu qu’une semaine pour construire tous les murs !
Nous avons donc au final un bâtiment de 41,5 m. de long sur 12,5 m. de large ; les murs extérieurs, de 60 cm. d’épaisseur, sont en pierres, et les murs intérieurs en briques. Nous avons respecté les règles anti-sismiques afghanes, avec 2 anneaux et 34 piliers en béton armé, la région étant soumise aux tremblements de terre. Le toit est plat en prévision d’un étage futur, recouvert de toile bitumée. Un grand escalier de 7 marches sur 3 côtés conduit à la porte d’entrée principale.
Les habitants sont tellement fiers de leur établissement qu’ils l’appellent “le château”!
Nous avons aussi fait faire des tables et des chaises à Kaboul que nous avons amené avec des fournitures diverses.

Il y a actuellement 600 élèves, garçons et filles, niveau primaire et collège ; leur nombre devrait augmenter à la rentrée prochaine (22 mars), avec un afflux de filles que leurs parents hésitaient jusque là à envoyer par crainte qu’elles tombent malades en restant assises dehors.

Il nous reste à finir le mur d’enceinte pour éviter aux ânes, caprins et autres volailles de rentrer dans l’école, et surtout à organiser des cours de soutien aux professeurs qui en ont bien besoin, et à apporter du matériel de laboratoire et de bibliothèque.

Les Afghans ont parfaitement conscience de l’importance de l’éducation pour l’avenir de leur pays et comptent bien sur nous pour ne pas les oublier. Leur dernier mot a été : « Quand reviens-tu ? »
Chantal Véron
Association NEGAR


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