Category Archive LES DROITS DES FEMMES

A l’initiative de Negar, Conférence de presse Bonn 2

Bonn, 4 décembre 2011

( avec 3 invitées afghanes venant d’Afghanistan )

Action de NEGAR subventionnée par l’ambassade de France de Kaboul

Sachant que le corps des femmes, leur rôle politique et social, leurs niveaux de connaissance et d’éducation, et même leur façon de s’habiller, sont des phénomènes politiques ; ils expriment et déterminent les tendances politiques et idéologiques de l’Afghanistan du présent et de l’avenir.

 

Après la Conférence de Londres où le président Karzai s’était manifesté pour la réintégration des talibans, des groupes mafieux à la tête du trafic de drogue ont organisé une propagande à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afghanistan en faveur des Talibans, satisfaisant ainsi la politique du Pakistan et la volonté britannique. La conférence de Bonn du 5 décembre 2011 était une autre étape décisive pour l’avenir de l’Afghanistan.

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Flamme afghane

29 octobre, 2001 Commentaires fermés sur Flamme afghane By NEGAR

Portrait

Flamme afghane

par Pascale Nivelle

publié le 29 octobre 2001 à 1h24

Elle a un sifflet autour du cou, en acier brillant au bout d’un cordon noir. Le sifflet des profs de gym, ces gens souvent sans histoire. Shoukria Haidar en a l’aspect éternel. Les baskets hors mode, le sac de sport à l’épaule trahissent une longue habitude, comme la voix, faite pour résonner sous un préau. Sinon qu’elle fume beaucoup pour un maître auxiliaire de collège, le sien est à Aulnay-sous-Bois en Seine-Saint-Denis, et que son portable ne cesse de ronronner. Elle dit pardon, en roucoulant le r, et répond parfois en persan, langue lointaine. «Tous les Afghans ont une histoire», dit- elle. Elle ne racontera pas celle de la prof de gym célibataire de 43 ans qui vit à La Courneuve. Un geste du pouce et de l’index signifie qu’il faut gagner sa vie, c’est tout. Et que cette vie-là n’en est pas une.

Elle a raté le jour de la rentrée. Pas de mot d’excuse, son autre vie, présidente de l’association Negar, la retenait. Bloquée parmi les réfugiés à la frontière pakistanaise, quand des communiqués balançaient entre la vie et la mort du commandant Massoud. Shoukria n’a jamais vu Massoud là-bas, mais a parlé à ses assassins kamikazes, vingt heures avant l’explosion de leur Betacam. «J’étais dans le même hélicoptère, en transit vers les camps, eux avaient rendez-vous avec Massoud. Ils ont failli ne jamais arriver, tout le monde les trouvait bizarres, les douaniers, les officiels. Ils se disaient arabes, puis marocains, journalistes, membres d’une association culturelle musulmane basée à Londres. Ils avaient des passeports belges et des visas pakistanais, de gros pantalons de velours en plein été. J’ai été très intriguée, je leur ai posé des questions. Mais ils n’exprimaient rien, ils étaient fades.» Le surlendemain avait lieu l’attentat. Comme tous ceux qui avaient trouvé les journalistes «bizarres», elle regrette. «Mais qu’est-ce que je pouvais faire?».

Vingt et un ans qu’elle se pose cette question. En 1980, ses parents ont répondu pour elle: «Pars.» Les Soviétiques dans Kaboul, la répression était en marche. Shoukria venait de se faire «virer» de son job au Comité olympique, épuré «comme partout». Son frère avait déjà été emprisonné plusieurs fois, pour avoir manifesté avec des opposants. Son cousin, arrêté le matin de son mariage, avait disparu. «Tout autour de moi, cela se vidait. J’avais 22 ans, je ne comprenais pas tout, sauf que cela sentait mauvais et je n’étais pas du genre à me taire. Mes parents ont pris peur.» Elle part pour Peshawar avec un visa de trois mois, «le temps que ça s’arrange». Puis à Paris, invitée par une amie, «en attendant que cela se calme». De visas en permis de séjour, d’espoirs en déceptions, vingt ans ont passé, elle y est encore avec un seul désir: revivre à Kaboul. Malgré la famille anéantie, les six frères et soeurs dispersés dans le monde, la soeur morte en accouchant à Kaboul, ses souvenirs d’enfance saccagés. «Il n’y avait aucune distinction entre garçons et filles, nous sortions au théâtre, au cinéma, nous allions au lycée en jean serré. L’uniforme comprenait un foulard, nous le portions autour du cou, c’était la mode.»

Le père, commerçant, enseignait un Coran de tolérance à ses enfants, et organisait de longues lectures de poésie et de musique en famille. Personne ne s’étonnait des hippies par milliers l’été. Les filles «en culotte et soutif» attiraient des regards intrigués, moins hostiles que pour le tchadri: «A l’université, il y en avait quelques-uns. On trouvait que c’était la honte, inimaginable, on plaignait les pauvres filles là-dessous, victimes de la tradition.» Shoukria s’intéressait au monde, lisait des livres en persan venus d’Iran où ne régnaient pas encore les ayatollahs. «A 11 ans, j’ai acheté un livre avec mon argent de poche, Au Viêt-nam, il ne pleuvra pas toujours, l’histoire d’un garçon et d’une fille qui combattent pour la liberté contre l’Amérique. A la fin de la guerre du Viêt-nam, on était tout un groupe de lycéens, qui sillonnait la ville en chantant. On ne se doutait pas que le prochain Viêt-nam serait l’Afghanistan.» Shoukria se voyait ingénieur, brillait au basket, au ping-pong et au karaté dans les compétitions nationales, et n’aurait jamais pensé quitter son pays.

A Paris, elle ne prend pas la peine d’apprendre le français. Mais tente de comprendre «le travailleur», dont parlaient ses lectures de jeunesse, dans les milieux gauchistes kaboulis. Comme les jeunes maos français qui «s’établissaient» dans les années 70, elle passe un an à la chaîne dans une usine de pâtisserie. Et comprend vite qu’elle ne pourra pas comprendre: «Quand on sait qu’on peut claquer la porte, on ne peut pas rentrer dans la peau d’un ouvrier.» Ce sera l’université de Nice, un Capes de sport, et les premiers collèges de la banlieue parisienne. Vie d’exil, les jambes sur les stades et la tête là-bas.

Elle revient en Afghanistan l’été 1995, vingt jours, le temps de voir les ruines, la misère et les milliers d’amputés de la guerre. Et aussi que tout n’est pas perdu, malgré la «guerre des seigneurs» après la chute du régime prosoviétique: les écoles et les hôpitaux fonctionnent, les jeunes s’amusent, les femmes travaillent. A la rentrée, elle décide de monter un projet d’aide au sport féminin. Un mois après, les talibans prennent Kaboul. «Le ciel m’est tombé sur la tête, raconte-t-elle. Je savais que les talibans, c’était comme les nazis à Paris. La terreur, l’interdiction de chanter, la mosquée à coups de bâton, l’interdiction aux femmes de regarder la lumière, aux enfants de jouer. C’est une force de frappe qui ne relève ni de la folie, ni des traditions. Par des décrets officiels, ils ont éradiqué tous les droits et libertés élémentaires.» Shoukria Haidar fonde Negar (un prénom féminin qui signifie amour) pour venir en aide aux femmes afghanes, créer des écoles clandestines, des centres de soins, lancer des campagnes de presse. Elle y parvient. En 2000, quand Elle, après bien d’autres, affiche une femme en tchadri à sa Une, son premier combat médiatique est remporté. En juin, 300 femmes afghanes rencontrent 45 Occidentales à Douchanbé (Tadjikistan), pour adopter une Déclaration des droits fondamentaux de la femme afghane, approuvée par Massoud. Negar, 600 adhérents, essaime des comités, intervient à l’ONU ou auprès du quai d’Orsay quand celui-ci reçoit officiellement «le ministre taliban de la Santé». «J’y passe ma vie», dit Shoukria, son téléphone portable et sa voiture pour bureau.

Trente ans après le Viêt-nam, elle est favorable aux interventions américaines, mais reste vigilante, vite virulente sur les grandes manoeuvres politiques et diplomatiques: «Il faut que le Pakistan arrête de manoeuvrer. Et ces « talibans modérés », on se fout du monde, cela n’existe pas. Tant qu’il y aura un taliban au pouvoir, les femmes souffriront.» Au dernier coup de sifflet contre les talibans, Shoukria repartira.

photo FRED KIHN

Shoukria Haidar en huit dates :

1957: Naissance à Maïdan, près de Kaboul.

1975: Baccalauréat.

1978: Elle travaille au Comité olympique. Coup d’Etat prosoviétique.

1980: Elle s’exile.

1989: Retrait de l’Armée rouge, dix ans après l’invasion.

1996: Prise de Kaboul par les talibans.

1998: Elle obtient la nationalité française.

Juin 2000: Conférence de Douchanbe.

 

La rue pour la paix et contre les tchadri

1 octobre, 2001 Commentaires fermés sur La rue pour la paix et contre les tchadri By NEGAR

La rue pour la paix et contre les tchadri

A Paris, plus de 3 000 personnes en soutien aux Afghanes.

par Charlotte Rotman et SERVICE ETRANGER

publié le 1er octobre 2001 à 1h08

Deux silhouettes immobiles sous leurs tchadri bleus. Deux femmes voilées, muettes, sans visage, plantées sur les boulevards parisiens ouvraient samedi le cortège de la manifestation de soutien aux Afghanes, initiée par l’association Negar et prévue avant le 11 septembre. Près de 6 000 personnes selon les organisateurs, 2 000 à 3 000 selon la police, ont répondu à l’appel. «Nous ferons tout pour que les femmes afghanes puissent montrer leur visage», affirme Stéphane Hessel, ancien ambassadeur de France. Comme lui, Edith Cresson, Noël Mamère, Alain Lipietz ou Brice Lalonde ont fait le déplacement.

Anti-mondialisation. «Grillagée, humiliée, asphyxiée, sous le tchadri, une femme survit», scande une voix. «En Afghanistan, 100% des femmes sont portées disparues», lit-on sur une pancarte. Les collectifs de femmes défilent, suivis des organisations politiques, dont les slogans rejoignent l’actualité internationale. L’association antimondialisation Attac, ne veut, par exemple, «ni bombardements, ni taliban». A la fin de la manifestation, Shoukria Haidar, présidente de Negar, et réfugiée en France depuis 1980, s’adresse à la foule. «Merci d’être venus. Je salue mes soeurs d’Afghanistan qui vivent sous le diktat des taliban et des milices soutenues par le Pakistan.. Il faut qu’elles sachent qu’elles ne sont pas seules.»

Dans le monde, se sont déroulées des manifestations pour soutenir les femmes afghanes et «contre la guerre». A Rome, plusieurs dizaines de milliers de manifestants (100 000 selon les organisateurs), ont participé samedi à un cortège «pour la paix et contre la guerre». A Barcelone, 5 000 personnes ont défilé contre une éventuelle riposte américaine. A Amsterdam, 5 000 manifestants se sont rassemblés hier pour dénoncer d’éventuelles représailles. A Genève, 2 500 personnes ont manifesté hier du centre ville au siège européen de l’ONU avec des banderoles disant «Non à la guerre» et «Arrêtez la terreur globale, combattez pour la justice». En Grande-Bretagne, des défilés antimondialisation et antiguerre ont rassemblé 2 000 à 4000 personnes à Brighton. Aux Etats-Unis, les manifestations prévues samedi contre la Banque mondiale et le FMI, ont été remplacées par des défilés pacifistes qui ont rassemblé entre 2 000 et 5 000 personnes à Washington et 10 000 à Los Angeles.