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COMPTE RENDU DE LA JOURNEE DU 8 MARS ORGANISEE PAR NEGAR A KABOUL
Pour la deuxième fois depuis la fin de la guerre, NEGAR a voulu célébrer à Kaboul le 8 mars, Fête internationale des Femmes et s'associer à la Marche Mondiale des Femmes
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17-01-2018
 
 
Soutien apporté par NEGAR aux classes clandestines de filles de Kaboul Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Entre 1993 et 1995, la guerre civile qui ravageait Kaboul a causé la ruine de 11 lycées de filles sur 17 dans la capitale afghane. En 1996, avant l'arrivée des milices Taliban, le gouvernement afghan avait commencé la réhabilitation des 6 lycées de filles encore debout où des milliers de filles suivaient les cours dispensés par des centaines de femmes professeurs.

En s'emparant de Kaboul, les milices Taliban ont décrété la fermeture définitive de tous ces lycées, l'interdiction pour toutes les filles de suivre des études et pour toutes les femmes de travailler et donc d'enseigner. 70% des professeurs étant des femmes (et même 90% dans le niveau primaire), ce décret a été la ruine de tout le système éducatif afghan pour les filles et même les garçons.
Ne pouvant rester insensibles devant cette condamnation de tout un pays à l'analphabétisme, l'association NEGAR a décidé d'aider, dans la mesure de ses moyens, les professeures désireuses de continuer à enseigner aux fillettes dans la clandestinité, et dès 1997, a organisé 10 classes clandestines de filles dans la ville de Kaboul.
Grâce à une subvention de 100 000 F. octroyée par Madame Ségolène Royal, en 1999 les 10 classes sont devenues 20, puis 26 avec une subvention de 17 000 F. de la Fondation France-Libertés.
La mise en place d'un parrainage de classes a permis la poursuite de cette aide.
Le montant des dépenses pour un an était de 66 450 F.

Organisation des classes clandestines


En 1996, Chantal, alors professeur de français bénévole à Kaboul, avait eu l'occasion de se rendre à Hérat déjà occupée par les Taliban, et avait pris contact avec des femmes professeurs qui organisaient des cours pour les filles dans leurs maisons, en cachette des Taliban. Sans aucun soutien, elles étaient obligées de demander un peu d'argent aux élèves et ne pouvaient donc accepter les plus pauvres.


D'où l'idée de soutenir des classes dans Kaboul occupée. De retour à Kaboul en 1997, en clandestinité, Chantal reprit contact avec les professeurs hommes et femmes qu'elle avait bien connus en 1996, et organisa avec 10 d'entre elles 10 classes de niveau CP.
Les professeurs vivaient dans différents quartiers de Kaboul ( Qala-I-Moussa, Qala-I-Fatullah, Shahrara, Microrayon, Khaïkhâna, Shahr-I-Nao ). C'étaient des professeurs des lycées Malalaï et Zarghouna, dont l'ancienne sous-directrice du lycée Zarghouna, et deux étudiantes de l'Université de Kaboul, toutes chassées de leur travail ou de leurs études par les Taliban.


Par mesure de sécurité, pour ne pas se faire dénoncer, elles prenaient comme élèves les enfants des familles qu'elles connaissaient, vivant dans la même rue ou dans le même quartier qu'elles ; les cours avaient lieu chez elles, ou parfois, si elles vivaient dans un endroit trop sensible, par exemple devant un poste de Taliban, dans une maison amie plus sûre.
Un professeur de Chimie du lycée Esteqlal, ancien élève de Chantal, était choisi comme responsable de ce petit groupe de professeurs. Il était chargé de surveiller les cours, vérifier les feuilles d'appel, conseiller les professeurs, leur remettre leurs salaires (équivalent au salaire gouvernemental), amener les livres scolaires pour les enfants, les fournitures (craies, stylos...) pour les professeurs, fournir le bois pour chauffer la salle de cours en hiver, et se rendre au Pakistan régulièrement pour chercher l'argent des salaires envoyé par NEGAR.


Par précaution, les professeurs ne devaient pas prendre plus de 20 élèves et ne jamais parler de l'association NEGAR, mais dire aux parents qui s'étonnaient de ne rien avoir à payer pour les cours qu'une aide était apportée par des Afghans réfugiés en Europe ; mais aussi que les enfants devaient apporter eux-mêmes cahiers et stylos.
Le responsable devait aussi prévenir les professeurs en cas de danger ; le Mollah Omar ayant eu vent de la prolifération de classes clandestines dans tout Kaboul ordonnait périodiquement à ses sbires de repérer et de fermer ces classes. Les professeures étaient alors emprisonnées et torturées et les enfants battues et chassées.
Heureusement, notre organisation, gérée uniquement par des Afghans, n'a jamais été repérée, grâce à la complicité de tous les voisins et la prudence de notre responsable qui faisait fermer les classes pendant une semaine ou deux en cas de danger.


Les professeurs étaient tellement enthousiastes qu'elles ont commencé les cours même avant de recevoir leurs tableaux noirs ! Et les fillettes se sont présentées le premier jour avec leur uniforme scolaire, ce qui allait vite les faire repérer ! Il a fallu donc leur interdire d'endosser leur uniforme, leur interdire aussi d'amener leur cartable, leur dire de cacher leurs livres sous leur voile, leur défendre de parler avec quiconque, leur faire comprendre qu'elles ne devaient pas arriver toutes en même temps pour ne pas se faire repérer, et qu'elles devaient se mettre à courir si un Talib voulait leur parler, et qu'en cas de danger, il fallait arriver chez l'enseignante non pas par la rue mais en sautant par dessus les murs des différents jardins... Quel traumatisme pour des enfants de 6 à 8 ans ! Et malgré tout, quel enthousiasme pour venir ! Et quel tristesse quand de temps à autre les cours devaient fermer pour cause de sécurité... Elles venaient malgré tout chaque jour demander à l'enseignante quand les cours allaient recommencer !

Quant aux enseignantes, elles préparaient des livres de religion en cas de descente des Taliban, ou du matériel de couture, pour leur faire croire à des cours de religion ou de couture, qui pouvaient être tolérés. Et après le départ des élèves, elles devaient cacher le tableau noir et les copies des enfants.
A la fin de la première année de cours, les enfants passaient un contrôle de niveau pour accéder à la classe supérieure. Les enseignantes gardaient leurs élèves et leur donnaient alors les cours de CE1. En 2002, après le départ des Taliban, grâce à NEGAR, 200 fillettes avaient pu étudier jusqu'en 6° et ont pu rentrer au collège dans les lycées réouverts.

Avec les subventions obtenues en 1999, nous sommes passées de 10 classes à 26 ; nous avons alors trouvé des professeures capables d'enseigner en secondaire et nous avions alors tous les niveaux, du CP à la Terminale. Seulement, toujours par mesure de sécurité, surtout pour les grandes élèves, nous ne pouvions pas les faire aller chez différents professeurs vivant dans différents quartiers, et nous avons dû continuer le système de primaire, une seule professeure enseignant toutes les matières.
Nous avons dû aussi prendre deux femmes responsables des cours pour seconder notre responsable homme qui n'aurait pas pu bien s'occuper de tout le monde.
Après le départ des Talibans, le nouveau gouvernement a fait passer des tests de niveau à toutes ces élèves, mais les a acceptées dans des classes de collège et non de lycées.

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