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20-04-2018
 
 
Témoignage sur la fin des classes clandestines après le départ des taliban Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail


Lettre de Kaboul, avril 2002


Nouvelles des classes clandestines de Kaboul

En janvier-février 2002, je me suis rendue à Kaboul et je me suis installée chez l’une de nos deux responsables des classes clandestines, Manija (Wajma de son nom de guerre !), sœur d’une de nos professeurs. La dernière fois que je l’avais vue, c’était en avril 2001, en clandestinité pour ne pas nous faire repérer par les Talibans… Et là, je pouvais enfin la revoir au grand jour, sans aucun danger, comme avant les Talibans, en 1996 !


Elle m’a emmenée chez les huit professeurs dont elle était responsable, et que j’avais vues aussi avec elle en avril 2001 ; toutes avaient repris leurs activités dans leurs anciens lycées enfin réouverts et s’y rendaient tous les jours pour les cours d’hiver. Nous étions si heureuses de nous revoir librement après les alertes de la dernière fois !
J’ai ensuite contacté notre responsable homme qui m’a emmenée chez les autres professeurs que je ne connaissais pas avant ; lui-même ou son prédécesseur les avait recrutées et il était très dangereux de les voir toutes, au temps des Talibans.
Toutes continuaient à recevoir leurs élèves ; certaines élèves ne venaient plus car elles étaient parties en province ou au Pakistan au moment des bombardements américains, d’autres allaient aux cours d’hiver dans leurs établissements respectifs, mais la plupart continuaient à venir. Elles s’étaient attachées à leur professeur, et beaucoup désiraient revenir même après la rentrée scolaire du 23 mars.


Le Ministère de l’Education a décidé de prendre en compte l’enseignement dispensé dans ces classes clandestines, qui touchait de nombreuses élèves dans toutes les villes contrôlées par les Talibans ; le nombre de ces classes soutenues par des organisations comme la nôtre était minime par rapport à toutes les classes « sauvages » organisées spontanément par des professeurs sans aucun soutien ! Toutes les élèves des classes clandestines ont donc pu passer des examens de contrôle de niveau et être affectées dans la classe correspondant à leurs connaissances. Ainsi, les Talibans ont échoué dans leur entreprise d’analphabétisation complète du sexe féminin en Afghanistan !


J’ai donc pu, au nom de Negar, et en leur faisant connaître le soutien de leurs parrains et marraines en France, leur donner leurs salaires jusqu’à la fin du dernier mois de l’année afghane, soit jusqu’à la rentrée scolaire. Elles ont ensuite été payées normalement par le Ministère, après avoir repris leur ancien poste d’enseignante.


Pour saluer le courage de toutes ces femmes et de toutes ces filles qui ont bravé tous les dangers pour continuer à enseigner ou à étudier, j’ai ensuite, lors de mon séjour suivant au mois de mars, au nom de Negar, et selon une idée de Shoukria, organisé une journée de fête à l’occasion du Nouvel An afghan et de la rentrée scolaire. Trois cents professeurs et directrices de lycées ou collèges de filles ont été invitées.


Dans l’auditorium de l’Université de Kaboul prêté gracieusement pour l’occasion, ont alterné d’abord, comme il se doit, discours et poèmes persans ; sont intervenus entre autres un représentant du Ministère de l’Education Supérieure, et une représentante du Ministère des Femmes, le responsable et une professeur de nos classes clandestines. Un concert de musique afghane a précédé le repas qui a été suivi d’une représentation théâtrale avec acteurs et actrices très applaudis. Et en final, chacune des 300 enseignantes présentes a reçu un petit cadeau (une serviette contenant un joli cahier et un beau stylo ainsi qu’un calendrier) ; les professeurs de nos classes clandestines sont d’abord montées sur la scène pour recevoir leurs cadeaux et le reste a été distribué dans la salle. Il faut signaler que tout a été organisé en trois jours avec l’aide principale de quatre jeunes Afghans, membres d’une association afghane, ce qui montre une fois de plus que la plupart des hommes afghans ne sont pas contre les femmes.


Nous sommes heureuses d’assister à la fin de ces classes clandestines et à la réouverture officielle de tous les établissements scolaires pour les filles comme pour les garçons !
Merci à tous les parrains et marraines qui nous ont aidées à soutenir ces classes clandestines pendant tant d’années !
Avec mes meilleures amitiés,

Chantal
(responsable de la commission éducation de Negar)

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