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COMPTE RENDU DE LA JOURNEE DU 8 MARS ORGANISEE PAR NEGAR A KABOUL
Pour la deuxième fois depuis la fin de la guerre, NEGAR a voulu célébrer à Kaboul le 8 mars, Fête internationale des Femmes et s'associer à la Marche Mondiale des Femmes
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17-01-2018
 
 
COMPTE RENDU de la MISSION KODAKISTAN - 6/13 mars 2005 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
COMPTE RENDU de la MISSION KODAKISTAN - 6/13 mars 2005
Une SOCIETE RUDE et INEGALITAIRE
La VIE QUOTIDIENNE
Les MALADIES de la SOCIETE
SITUATION POLITIQUE
Des NOUVELLES du KODAKISTAN
Quelques PHOTOS


KABOUL (6- 13 mars 2005)


Geneviève COURAUD
Françoise SOGNO



Du 6 au 13 mars derniers, Françoise Sogno, l’architecte du Kodakistan et moi nous sommes rendues à Kaboul pour participer aux manifestations du 8 mars, pour travailler sur les dernières étapes du projet Kodakistan, et assurer la jonction avec Jean-Paul LEMJEDRI d’ « Architecture et Développement » - association avec laquelle nous avons signé il y a quelques semaines une convention de partenariat - qui assurera le suivi du projet.
Séjour laborieux s’il en est, surtout pour Françoise qui a énormément travaillé, reprenant en compagnie de Jean- Paul les plans pour les réajuster à la réalité actuelle.
Avant de donner des nouvelles du Kodakistan, vous trouverez ci-dessous quelques notes prises à votre intention à Kaboul.
Notre voyage nous a permis à l’une et à l’autre de mesurer les évolutions de la société afghane par rapport à ce que j’avais pu moi- même observer lors de ma précédente venue en juin 2002, (tout au moins en ce qui concerne Kaboul où nous sommes restées); pour Françoise, la surprise était moins grande puisqu’il s’agissait là de son 5ème voyage, le dernier ayant eu lieu en décembre 2003 à l’occasion de la « 3ème Conférence des Droits des Femmes afghanes » de Kaboul, précédant la Loya Jirga Constituante ( Grande Assemblée).



Premières impressions à Kaboul :

Ce qui saute aux yeux d’abord, c’est la vitalité de la ville et de la population.
Kaboul est aujourd’hui un énorme chantier de construction, en plein redémarrage au moment où nous sommes arrivées, à la fin de l’hiver.
Partout des chantiers de construction : hôtels en cours de réhabilitation, tel l’hôtel Kaboul (où nous étions descendus en 2002 et dont une aile avait reçu un tir de roquettes), énormes demeures de maître lourdement chargées de décorations qui s’élèvent dans les quartiers les plus réputés et les plus chers, boutiques construites à la va vite. Le tout assez disparate : initiatives privées et largement spéculatives.
Les constructions et réhabilitations publiques dues à des ONG ou des associations, voire des pays étrangers sont d’un autre ordre.
Nous notons avec plaisir la réhabilitation de la Cité Universitaire des filles sur le périmètre universitaire où figure en outre à leur intention un terrain et des panneaux de basket.
Il reste des bâtiments ruinés ou inachevés, mais on chercherait en vain les kms de quartiers en ruines qui nous avaient tant désolés, ils ont pour plusieurs d’entre eux été rasés.
Le développement du petit commerce nous frappe également : étals de légumes et de fruits superbes dans les épiceries de plusieurs quartiers de la ville, boulangeries et boucheries, commerces de matériaux de construction venus d’Inde, de Chine, du Pakistan et de Dubaï ( on trouve de tout à Kaboul !), revendeurs de voitures, des 4x4 en particulier installés flanc à flanc dans les vitrines de certaines rues, sans compter les motos qui sont l’objet de soins et de convoitise, mais semblent médiocrement adaptées à la réalité du terrain .
La circulation dans la ville, anarchique ( le code de la route est très particulier), les embouteillages toute la journée, les klaxons donnent aussi à Kaboul une allure complètement différente de celle de 2002.

La population :

Dans la rue les gens s’affairent, tout un petit peuple travaille et cherche à gagner sa vie. On rencontre aux heures d’embauche des camions pleins d’hommes qui vont vers les chantiers ou retournent chez eux. Ils sont de tous les âges, quelquefois très vieux, semble-t-il ; ils ont plus l’apparence de ruraux que de citadins ce qui n’est pas étonnant dans une métropole qui est passée, nous dit-on en 2 ans, de 3 à 5 millions d’habitants. Où habitent-ils ? Nous verrons des immeubles que la guerre a laissés inachevés et qui sont squattés par des familles qui débarquent de la campagne ou qui reviennent d’exil. Des tentures terminent les pièces qui n’ont que trois murs, et il faisait –18° il y a quelques jours !


Enfin les Kaboulis ont beaucoup changé dans leur comportement, d’abord il n’y a pratiquement plus d’ « ombres bleues », de femmes couvertes de tchadris, au centre ville (les mendiantes mises à part). Et les mendiants, petits garçons et femmes sans âge surtout, sont nettement moins nombreux dans les rues. Les petits garçons ne mendient pas, ils essayent plutôt de vendre des journaux ou des cartes de téléphone. Par contre les petites filles, moins nombreuses, mendient.
Les hommes sont « normaux ». C’en est fini de cette fascination agressive, si angoissante, dont les femmes étrangères étaient l’objet en 2002.
Les femmes, la tête couverte d’un léger voile, toujours en souliers à talons malgré la boue, les flaques et les ornières, se déplacent à pied dans la ville, se rendent à leurs occupations, vont dans les magasins, seules ou entre amies ou encore avec leurs enfants. Elles sont toujours minoritaires dans les rues. Les magasins de vêtements féminins qui présentent en vitrine tenues traditionnelles, robes de mariées blanches et vertes, tenues à l’indienne, mais aussi tailleurs à l’européenne (assez couvrants cependant) prolifèrent et sont très fréquentés.
Nous allons nous aussi pouvoir circuler seules dans le centre sans crainte et sans être importunées. Quelle différence avec l’ ambiance que nous avons connue en 2002 !
Les restaurants, excellents, se sont multipliés. Ils proposent toute sorte de nourriture, plats afghans, bien sûr, mais aussi pizzas et cuisine française. Ils comportent deux salles, l’une pour les hommes, l’autre pour les « familles », mais nous n’avons aucun problème en nous installant dans la 1ère.
Au cinéma, c’est la même chose, le par- terre est réservé aux hommes et le balcon aux familles. Mais les femmes ne se rendent cependant pas seules au cinéma qu’elles fréquentent peu.
Il y a peu de marques apparentes de la religion, l’appel du muezzin nous rappelle très tôt le matin que l’on est en pays d’Islam. Mais il n’y a pas foule aux sorties des mosquées. Les afghans disent avec l’humour qui les caractérise qu’ils ont fait une cure de religion de 5 ans et que c’est pour la vie.

La sécurité est assurée dans la rue par la police afghane, le plus souvent bon enfant, qui arrête les véhicules pour vérifier les plaques d’immatriculation souvent illisibles à cause de la boue qui monte jusqu’à mi-portières. Quant à l’ISAF, elle est plutôt discrète, mais l’on rencontre plusieurs fois par jour les forces américaines qui sillonnent la ville dans leurs véhicules blindés, ça ne rigole pas !
Les forces américaines se sont approprié un vaste territoire de la ville délimité par d’énormes plots de béton en chicane à l’intérieur duquel se trouvent en outre quelques ambassades dont la nôtre. Il est interdit d’y traîner. On peut juste s’y faire déposer en taxi, mais on ne peut y stationner, attendre que l’on vienne vous reprendre sur le trottoir n’est pas recommandé.

Les centres de consultation internet fleurissent ( 2 dollars l’heure), et les portables à cartes sont partout et dans toutes les mains. Quand on arrive de l’aéroport, on est saisi par la multiplication des images de publicité de la firme ROSHAN, aussi grandes que les portraits de Massoud ou de Karzaï et qui popularisent l’image de la communication téléphonique : on y voit des enfants, des vieillards, des femmes en tchadri équipés de portables.

A la télévision, c’est le triomphe du romantisme : chanteurs et danseurs pakistanais aux danses lascives ( et les critiques des religieux dans la presse vont au téléspectatrices qui regardent les danseurs pakistanais, mais… les hommes qui regarderaient les danseuses ?), feuilletons d’amour de Bollywood avec leur mélange de parties chantées et jouées, façon « West side story ». Les émissions de la télévision afghane reconnaissables par leurs images très statiques et empesées sont encore assez frustes.



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