Soutien aux femmes d’HERAT

Hérat sous les balles : quand réprimer les femmes devient une stratégie de survie politique
09/06/2026
Depuis le 7 juin 2026, Hérat est le théâtre d’une répression d’une brutalité inédite. Des femmes sont arrêtées en masse par la police des mœurs des talibans pour port de vêtement jugé non conforme, dans le quartier de Jebrail et dans plusieurs autres zones résidentielles de la ville. Des agents du ministère de la Propagation de la Vertu et de la Prévention du Vice patrouillent ruelle par ruelle, sommant les habitants d’appliquer le port du niqab et ordonnant aux femmes de rester chez elles.
Le 9 juin, lorsque des habitants de Jebrail sont descendus dans la rue pour protester contre ces arrestations, les talibans ont ouvert le feu. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des combattants talibans tirant directement sur la foule. Des manifestants ont été blessés. D’autres ont été arrêtés.
Un gouverneur qui réprime pour survivre
Des sources locales à Hérat fournissent une clé de lecture politique. Cinq gouverneurs talibans de l’ouest de l’Afghanistan se sont rendus à Hérat la semaine précédente pour rencontrer Hibatullah Akhundzada, le chef suprême du groupe. Noor Ahmad Islamjar, gouverneur de la ville, serait sous la menace d’une destitution en raison de l’insécurité croissante, des vols à main armée et de considérations ethniques. Pour consolider sa position, il aurait choisi de prouver sa loyauté en intensifiant la répression contre les femmes. Selon une source citée par 8am.media, « chaque responsable taliban local s’efforce désormais de prouver sa loyauté à Hibatullah ». La répression des femmes est devenue, selon les mêmes sources, l’un des moyens les plus sûrs d’attirer l’attention favorable du chef suprême.
Islamjar aurait donné un ordre formel : aucune femme ne peut circuler dans la ville sans niqab. Environ cinquante femmes ont été détenues lors des deux premiers jours de la campagne. Des témoins rapportent des coups de crosse, des humiliations verbales, des femmes âgées s’évanouissant de peur. Les personnes libérées ont dû signer des engagements écrits. Selon la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), ces actions constituent des violations des droits humains.
Réactions internationales
Amnesty International a qualifié l’utilisation de munitions réelles contre les manifestants d’« escalade choquante ». L’organisation a appelé les talibans à cesser immédiatement l’usage de la force, à libérer les détenus et à respecter les droits des femmes et des filles à la liberté de mouvement, d’expression et de réunion pacifique.
Human Rights Watch, par la voix de sa chercheuse sur l’Afghanistan Fereshta Abbasi, a demandé la cessation immédiate de la force contre les manifestants et la libération des personnes arrêtées pour avoir participé à des rassemblements pacifiques.
Richard Bennett, rapporteur spécial des Nations Unies pour l’Afghanistan, a déclaré le 9 juin être « profondément préoccupé » par les arrestations arbitraires de femmes à Hérat pour le troisième jour consécutif, qualifiant ces pratiques d’illégales et inacceptables.
Rangin Dadfar Spanta, ancien ministre des Affaires étrangères et conseiller à la sécurité nationale du gouvernement républicain, a réagi sur X en déclarant que « la barbarie et la brutalité du pouvoir en place ont transformé notre pays en une terre de peur, d’oppression, de faim et de sous-développement absolu ». Il a ajouté que mettre fin à ce régime « n’est possible que grâce aux efforts du peuple lui-même ».
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Le déni et la directive
Les talibans ont nié, par leur Direction de l’information et de la culture, que des femmes étaient arrêtées pour défaut de port du niqab, qualifiant les rapports de « rumeurs ». Cette dénégation intervenait quelques jours après qu’une directive du 5 juin 2025 avait formellement exigé que les femmes et les filles couvrent intégralement leur visage dans l’espace public, sous peine d’emprisonnement. La directive du chef suprême Akhundzada prévoit, en première instance, l’emprisonnement du tuteur masculin de la femme en infraction.
Hérat, longtemps reconnue comme un foyer de culture et d’érudition, compte aujourd’hui parmi les villes où la présence féminine dans l’espace public a le plus reculé. Des femmes témoignent ne plus pouvoir sortir faire leurs courses. Des mères ne laissent plus leurs filles franchir le seuil de leur domicile.
Sources : 8am.media, 7-9 juin 2026.
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